L’étĂ© s’est achevĂ©, le calme et le repos des vacances laissent enfin place Ă  la reprise des activitĂ©s dans l’industrie musicale. La rentrĂ©e 2021 s’annonce donc chargĂ©e et excitante Ă  souhait avec bon nombre de sorties, de collaborations, de tournĂ©es et d’actualitĂ©s Ă  ne pas manquer. L’offre exponentielle de nouveaux titres et annonces est telle que l’on ne sait mĂŞme pas par quoi commencer. Vous ĂŞtes peut-ĂŞtre, tout comme moi, (et Ă  juste titre) noyĂ© sous une dizaine d’heures de nouveautĂ©s Ă  Ă©couter chaque semaine, une vingtaine d’albums sortis simultanĂ©ment Ă  dĂ©couvrir ou encore un nombre innombrable d’articles et de news Ă  lire et Ă  consulter. 

Au travers de cet article, j’ai sélectionné quelques clips que je considère comme mes coups de coeur du mois de septembre.

Une sélection 100% féminine pour cette catégorie ! Bien qu’il s’agisse d’artistes et de groupes dont je connais très bien l’univers et avec lesquels je suis sensible à leur style, j’ai été surprise pour chacun d’entre eux. Un véritable changement et un tournant sont à noter. Déroutant au premier abord, c’est avec intérêt et excitation que j’ai eu plaisir à réécouter et visionner à nouveau ces oeuvres.

5 clips choisis pour leur style, leur cinématographie et leur trame narrative servants parfaitement le single. Intriguant, passionnant et esthétiquement plaisant, voici les sorties vidéos clips de août et septembre qui m’ont le plus marqué:

The Devil – BANKS

L’attente fut longue mais amplement méritée. BANKS revient plus sombre, diabolique et sensuelle que jamais avec le premier single de son quatrième et futur projet. The Devil amorce ainsi une nouvelle ère deux ans après III, son troisième album studio.

Jillian Banks de son vrai patronyme, s’aventure en tant que reine des tĂ©nèbres en lĂ©vitation Ă  la traque d’une proie masculine afin de lui rĂ©vĂ©ler ses intentions malĂ©fiques. S’imposant en vĂ©ritable crĂ©ature anthropomorphique, BANKS prend l’apparence d’une femme sĂ»re d’elle-mĂŞme, dirigeante et sanguinaire. Le clip s’ouvre sur l’artiste face Ă  un supposĂ© mafieux Russe. Ses quelques paroles en russe suffisent Ă  comprendre Ă  qui nous avons affaire. 

VĂŞtue de cuissardes en latex rouge, d’une longue robe moulante et d’un drapĂ© transparent, BANKS nous embarque Ă  grande vitesse Ă  bord d’une dĂ©capotable faisant ainsi rĂ©fĂ©rence aux paroles “I’m the devil and I speed with the pedal on the gas (“Je suis le diable et j’accĂ©lère avec le pied sur la pĂ©dale”) Une cĂ©rĂ©monial la nuit tombĂ©e baignĂ©e dans des flammes entourĂ©e de sorcières disciples, vient clĂ´turer aussi bien le clip que la proie enfermĂ©e dans une boite. La production est aux accents R’n’B et la boucle est agrĂ©mentĂ©e de cris et de murmures venant apporter une atmosphère pesante et inquiĂ©tante, Ă  l’image du clip.

BANKS Ă  propos de « The Devil Â»

« La pĂ©riode du coronavirus a Ă©tĂ© mentalement transformatrice pour moi. 

PassĂ© du temps avec moi-mĂŞme m’a permis de puiser au plus profond de moi, Ă  travers mes dĂ©mons. J’ai eu une rĂ©vĂ©lation que, pour surmonter ses dĂ©mons, il fallait ĂŞtre plus forte qu’eux. Et qu’il y a-t-il de plus fort qu’un dĂ©mon ? Le diable. Je me sens forte, heureuse et fière. Je suis parvenue Ă  sortir d’une pĂ©riode avec des Ă©pisodes dĂ©pressifs sombres et troublants qui m’ont piĂ©gĂ©e pendant un certain temps avec cette chanson. Ce titre n’est pas seulement sur le fait de surmonter ses dĂ©mons, c’est avant tout dans le sens oĂą ils ne te possèdent plus. Sentez-vous si peu menacĂ© par eux [es dĂ©mons ndlr] que vous pouvez les menacer. Le murmure (entendu dans la chanson ndlr) est narquois. Ils ne sont plus Ă  craindre. Vous ĂŞtes… la version la plus puissante de vous-mĂŞme. Une reine (ou un roi bien entendu). Ou le diable. Â» – BANKS (source : Storyline – Spotify)

So Mean POPPY

Succédant à Flux et Her, So Mean est le troisième titre extrait du prochain album de la plus humaine des robots. Baptisé Flux et prévu pour le 24 septembre prochain via Sumerian Records.

Contrastant totalement avec l’univers mĂ©tal et industriel de l’opus I Disagree, So Mean se veut plus pop punk avec toujours en arrière plan ce soupçon et cet arrière goĂ»t sombre. En effet, derrière un clip bubblegum Ă  l’image de Flux, (tous deux dirigĂ©s par Poppy) tout en couleur pastel et pĂ©tillant agrĂ©mentĂ© d’une voix plus mĂ©lodieuse se cache des paroles Ă©quivoques Ă  double sens entre le « Je Â» et le « Elle Â» :

You taught me how to hate myself – tu m’as appris comment je dois me dĂ©tester 

Now she hates everything – Maintenant elle dĂ©teste tout 

How did she get here? – Comment s’est-elle retrouvĂ© ici ?

How did she get so mean? – Comment est-elle devenu si mauvaise ? 

Un clip, une production, des looks, une esthétique et décor très 90s rappelant Ex-Girlfiend de No Doubt.

Le refrain et l’air sont entêtants à la limite de l’obssessionel concordant avec cette sensation d’être étriqué et piégé dans la boîte dans laquelle POPPY et ses musiciens jouent. Poppy nous invite dans cette boîte étroite où tout angle, plans et proportions sont mises à mal par une prise de vue caméra à l’épaule.

Good OnesCharli XCX 

La pionnière de l’Hyperpop et l’ex princesse de la pop mainstream made in the UK revient et compte bien faire parler d’elle comme au bon vieux temps. 

Une nouvelle ère s’ouvre pour Charli XCX et le moins que l’on puisse dire et qu’elle se veut dĂ©concertante. Un vĂ©ritable tournant dans sa carrière est pris et le ton est donnĂ©. Deux ans après son album Ă©ponyme « Charli Â» très pop expĂ©rimental, l’artiste originaire de Cambridge fait table rase du passĂ© et orchestre sa renaissance. Un teasing en amont via les rĂ©seaux de Charli met en scène des photos au style Tumblr emo / gothique depuis mi-juillet lĂ©gendĂ©es « tips for news artists : just say yes / suffer in silence Â» / « rip hyperpop ? Â»

Il y a une vĂ©ritable volontĂ© non pas de changer, mais de renouveler son image d’ambassadrice de la PC Music et d’apporter une nouvelle couleur Ă  sa palette dĂ©jĂ  impressionnante de sons. 

« Good Ones Â» s’impose alors comme le single du renouveau. Paru le 2 septembre en pleine campagne mĂ©diatique chargĂ©e (Charli a Ă©tĂ© curatrice de « Future Sounds Â» sur la BBC Radio 1 pendant 4 jours, a son propre podcast sur cette mĂŞme radio) accompagnĂ© d’un clip vidĂ©o qui ne ressemble Ă  aucun autre de sa vidĂ©ographie, digne hĂ©ritier d’une production Ă  la Lady GaGa ou Madonna. Grâce au teasing sur ces rĂ©seaux sociaux montrant un univers sombre et diabolique, on comprend mieux la lecture du clip. Celui-ci met en image d’une part, une cĂ©rĂ©monie d’un enterrement avec les proches du dĂ©funt vĂŞtus de noir et de l’autre, un sabbat avec Charli en prĂŞtresse accompagnĂ©e de ses sorcières dansants près du cercueil du disparu aux allures d’un ange blond. L’artiste se dresse tantĂ´t sur le cercueil et tantĂ´t sur sa propre pierre tombale ayant pour inscriptions CHARLI XCX August, 2, 1992 – March, 18, 2022 Â»

La première date correspond Ă  sa date de naissance, la seconde serait-elle celle de la sorite de son album ou celle de la fin de son contrat qui la lie Ă  Atlantic Records ? La mĂ©sentente artistique avec le label a Ă©tĂ© source de conflits Ă  plusieurs reprises.  La production est très influencĂ©e et infusĂ©e de sonoritĂ©s 80s, avec une mise en avant prononcĂ©e des synthĂ©tiseurs et des boites Ă  rythme. La voix de Charli est moins autotunĂ©e qu’avant. 

Le titre se clĂ´t avec un murmure de Charli « It’s Charli baby Â» qui diffère totalement en terme de prononciation et de tonalitĂ© Ă  son habituel «it’s Charl baby Â« plein d’entrain et très girly.

« Good Ones Â» de Charli XCX et « The Devil Â» de BANKS comportent quelques similitudes et sont assez complĂ©mentaires dans leur esthĂ©tique et leur lecture. 

Après s’être extirpĂ©e du mainstream avec ses très gros succès emportant et enterrant avec elle le destin de Queen of Pop qu’Atlantic lui rĂ©servait, Charli a trouvĂ© son rythme en composant des hits planĂ©taires (tels que Senorita pour Camila Cabello et Shawn Mendes ou Dream Glow avec BTS) tout en ayant sa libertĂ© de crĂ©ation afin d’explorer et expĂ©rimenter tout ce qu’elle pouvait avec ses amis et artistes liĂ©s Ă  la PC et l’Hyperpop Music (SOPHIE, A.G Cook). On ressent un besoin et une envie de ressurgir dans l’industrie de la pop et d’attirer un nouveau public, d’élargir ses possibilitĂ©s et opportunitĂ©s. Charli a beaucoup oeuvrĂ© pour la pop et c’est Ă  juste titre qu’elle souhaite en recevoir ses lettres de noblesse. 

Silk Chiffon MUNA feat. Phoebe Bridgers 

Dans un autre registre, le trio amĂ©ricain et fĂ©minin MUNA sort Â»Silk Chiffon Â» en featuring avec l’espoir indie dont toute l’industrie n’a d’yeux que pour elle : Phoebe Bridgers. Il s’agit Ă©galement du premier single paru sous le label de Phoebe ; Saddest Factory Records via Dead Oceans.            Le titre aborde toujours le thème cher aux groupes propres aux combats LGBTQIA+, de la non-binaritĂ©, de l’identitĂ© de genre, de la sexualitĂ© et du queer. Le clip est inspirĂ© du film culte de Jammie Rabbit « But I’m a Cheerleader Â» (1999) moquant et alertant sur les pratiques de thĂ©rapies de conversions pour les gays et lesbiennes aux États-Unis.

MUNA et Phoebe Bridgers font elles-mêmes parties de la communauté LGBTQIA+.

L’esthétique du clip aux tons manichéens bleu et rose poudré, aux fondus sur image et ralentis, aux paroles tendres et à la douce voix mélodieuse de Phoebe amplifient la satire et dénoncent l’homophobie ordinaire et leurs impacts. Un clip et une chanson importante pour la nouvelle génération qui apporte des éléments des réponses aux jeunes qui se questionnent et qui se sentent anormaux ou exclus avec intelligence, douceur et talent.